
C’est une lettre authentique, écrite d’une main ferme, avec élégance.
Admirez-en la calligraphie généreuse.
Appréciez la politesse de la formulation.
Sens, le 7 mai 1919.
Monsieur Breuillé,
En réponse à votre courrier, je ne puis en ce moment donner une suite favorable à votre demande ; car j’attends M. F…et mon fils aîné comme voyageurs de telle sorte que tout le personnel extérieur va se trouver absolument au complet.
Je ne puis que vous souhaiter de trouver un emploi favorable. Je le fais de bon cœur en souvenir de la période où vous avez été à ma maison et je vous prie d’agréer mes meilleures civilités.
Léon F.
Cette lettre est une réponse.
Une fin de non-recevoir à un homme encore jeune (il a 27 ans) qui revient de guerre et qui a tout simplement demandé à reprendre sa place dans la société où il avait travaillé.
Cette lettre est un rejet.
Le renvoi du sergent qui a été gazé dans les tranchées de la bataille de Verdun. Pour défendre son pays, sa patrie, son honneur. Pour permettre à son ancien patron de conserver sa position sociale et de continuer à faire prospérer son commerce.
Qui va à la chasse perd sa place ….
Cette lettre était destinée à mon grand-père. Il ne l’a jamais évoquée. Il ne parlait jamais de la guerre. Il avait refusé la médaille militaire. Il pensait juste avoir mérité de reprendre le cours de sa vie antérieure.
Cette lettre m’est parvenue aujourd’hui par Internet, postée par mon père, qui n’accepte toujours pas l’affront subi par un homme dont la conduite avait été si exemplaire.
Des milliers d’autres français ont sans doute reçu de tels courriers.
Cette lettre est une cicatrice qui ne s’efface pas.
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