jeudi 25 septembre 2008

Si le sport pouvait conduire à la lecture ...


Ce serait ce qu'on appelle une bonne nouvelle !












Un pari auquel Geneviève Brisac a décidé d'atteler une poignée d'auteurs de son écurie qui lui ont livré cinq bonnes nouvelles :

1. Les pongistes ne sont pas des tendres. Leur pratique sportive exalte l'hyperagressivité. Inconciliable pour Colas Gutman qui a autant horreur de gagner que de perdre Une partie de ping-pong, à moins de se situer sur le plan de la création artistique.

2. Il vaut mieux être très grand si on vise le Haut-niveau, ce que démontre Xavier-Laurent Petit, un mordu de montagne qui est souvent parti loin et en altitude.

3. Une midinette est aussi légitime à se rêver écrivain comme Florence Seyvos, chanteuse de variétés ou vedette sportive, au moins quelques semaines, par exemple pendant tout L'été de Marie-Jo Perec.

4. L'ennui est salutaire. Il est même productif pour peu qu'on ait deux heures devant soi. C'est juste le temps nécessaire à Ellen Willer pour écrire une nouvelle, spécialité dans laquelle elle est Championne du monde.

5. Le sport est un des rares domaines où l'ado pourra dépasser ses parents (sans devoir attendre d'avoir atteint l'âge adulte). Une bonne idée que Valérie Zenatti a saisi comme on rattrape Une balle perdue.

Pour connaître l'issue de ces histoires il faudra déguster le recueil ...

On ne pourra plus dire ensuite que les adolescents qui aiment le sport détestent la lecture et que ceux qui dévorent les livres exècrent le sport. Comme si sport et littérature ne pouvaient pas être bons amis !

En écrivant un peu moins long pour être lu sans trop d'effort, et en variant les styles, le sport devient un thème susceptible de tenter les "petits lecteurs" sans rebuter les dévoreurs de pages puisque ceux-là aiment tout, dès qu'il s'agit de choses écrites.

On pourra faire remarquer aux élèves de cycle 3 combien le métier d'éditrice a des points communs avec celui de coach : les deux sélectionnent, encouragent, poussent leurs poulains à se dépasser, réduisent leurs résistances, les félicitent sans lénifier. L'écriture est un exercice qui demeure individuel tout en pouvant s'inscrire dans le collectif.

On pourra aussi les faire réfléchir sur quelques divergences ou points communs entre sport et littérature, dont voici quelques-unes, sans prétendre à l'exhaustivité :

* Une histoire est régie par un suspense comparable à celui qui rythme un match. Révéler la fin d'un livre peut tuer son intérêt comme proclamer le score final ôte toute envie de voir une compétition enregistrée en vidéo en votre absence .

* Le sport est un alibi pour parler d'autre chose.

* Les femmes ont investi la littérature avant le sport. C'est un acquis féminin du XX° siècle. La première femme à l'Académie française n'a tout de même été élue qu'en 1980 !

* La mixité n’est cependant pas encore entrée dans les mœurs sportives. Cette idée est sans doute insupportable dans un domaine où l’idée de participer sans esprit de compétition est inconcevable, n’en déplaise à monsieur Pierre de Coubertin.

* Le sport s’accompagne d’entraînement. Ecrire aussi.

* On ne gagne pas par hasard. On ne naît pas non plus écrivain.

* Le sport canapé se comparerait-il à la littérature de salon ?

* Le principe de base selon lequel il ne pourrait pas y avoir de progrès en l’absence de compétition peut être transféré à la littérature : concourir pousse l’écrivain à se surpasser.

* Geneviève Brisac regrette qu’on ne puisse exercer un sport avec désinvolture. Mais pourrait-on écrire en dilettance ? Dans un blog peut-être …

* S’il est vrai que le sport ne serait pas littéraire, est-on sûr que la littérature n’est qu’un travail intellectuel ? Il me semble que c’est parfois « sportif ».

On pourra enfin tenter l'aventure du passage à l'écriture sans craindre de placer la barre trop haut. Il est frappant d'écouter les témoignages récents d'adultes louant l'exercice de la rédaction imposée. C'est à l'école que Daniel Pennac, Anne Fine, et Ellen Willer ont acquis le goût de l'écriture. Certes les cours de français ne produiront pas que des écrivains, tout comme des gymnases des collèges ne sortiront pas que des médaillés olympiques mais l'essentiel n'est -il pas de commencer ?

mercredi 24 septembre 2008

NOUVELLES DE LA RENTREE

Pas un article depuis trois mois dans ces pages, ce qui ne signifie pas que je me sois arrêtée d'écrire. J'anime un autre blog où je publie presque un billet quotidien.

Les réformes scolaires, le manque d'intérêt de la "proche hiérarchie" à l'égard du travail dont je rendais compte, les déclarations fracassantes de plusieurs ministres (anciens ou en exercice) ont ralenti ma production en sapant mon enthousiasme. Dans la mesure où je ne poursuis pas l'expérience sous l'égide de l' Education nationale (en raison du manque d'intérêt susvisé) je ne vais pas passer des heures à retranscrire ce que je n'ai pas eu le temps d'achever de mettre au propre l'année dernière.

J'ai eu par contre beaucoup de contacts avec de jeunes enseignants qui étaient dans une forte attente. Ce serait donc dommage de rester bouche cousue. Pour eux et pour des lecteurs qui se promèneraient par hasard. Je procéderai néanmoins de manière "économique".

J'ai donc décidé (temporairement du moins) de reprendre ici les articles que je publie par ailleurs sur des sujets qui touchent à l'écriture, qu'il s'agisse de compte-rendus de lecture, de portraits d'écrivains ou de critiques de films autour du thème de l'école.

mercredi 25 juin 2008

DERNIERES NOUVELLES AVANT L'ETE

Les trois histoires ont été embellies grâce à une mise en page artistiquement ( et bénévolement) orchestrée par Ilya Green.
Elles sont en cours d'impression. Les élèves d'une classe pourront les emmener dans leur cartable en cette fin d'année scolaire.

Les autres enfants recevront le petit livret ... lorsqu'un second "mécène" aura accepté d'en prendre en charge la photocopie couleur. Si un lecteur a une suggestion à faire, elle sera la bienvenue, en commentaire ou par courrier électronique.

Je remercie tous ceux qui ont participé à cette aventure cette année de près ou de loin et je leur souhaite un bel été.

N'oubliez pas d'emmener de quoi écrire pendant les vacances....

Souvenez-vous du plaisir que vous avez à recevoir une simple petite carte !


lundi 12 mai 2008

TOUS LES CHATS SONT DANS LA NATURE

illustration reproduite avec l'autorisation d'Ilya Green

Ils étaient trois petits enfants qui s’en allaient à l’école en sautillant.

Le premier, le plus petit, habillé en vert et bleu, c’est un garçon. C’est Philippe. Il adore le bleu. Il propose de jouer à chat. A chat couleur. Bleu bien sûr. Ses camarades s’échappent. Philippe court. Quand il peut toucher l’un ou l’autre, il fait : "Toc ! Toc ! Toc !". La souris répond : "Qui est là ?" Le chat : "Le chat bleu ». Aussitôt la souris qui a été touchée doit toucher quelque part un objet ayant cette couleur (pas un des vêtements des souris, ce serait trop facile).

La seconde, c’est une fille. Comme elle est pas belle, elle s’appelle Emilie (sic). Elle a une besace qui pèse trop lourd pour elle. Elle porte des talons qu’elle les a piqués à sa maman. Elle adore jouer aux souris amoureuses : pour échapper au chat, les souris doivent se jeter dans les bras d'une autre souris. Tant qu'elles sont enlacées, on ne peut les toucher. Une souris touchée devient chat. Emilie se jette dans les bras de Philippe. Cà bloque le jeu.

Le troisième, le plus grand, il a joué à chat lui aussi. A chat glacé. La souris touchée par le chat reste là où elle a été touchée, comme une statue, jambes écartées. Les autres souris, pour la délivrer, doivent passer entre ses jambes. Le chat n'a pas le droit de toucher une souris quand elle passe entre des jambes. Les souris, elles, n'ont pas de camp. La partie prend fin quand toutes les souris sont touchées. Jouer à chat glacé, c’est formidable quand on est une bande de souris. A trois c’est différent. Devenu le chat, le chat glacé, il s’est figé et il a eu peur de fondre. C’est l’été, il fait chaud, il a très chaud.

Les trois enfants sont montés dans l’autobus pour continuer le trajet jusqu’à l’école. Ils étaient à fond dans leurs histoires de chat et de souris. Le grand, il est surnommé Sucette. Parce qu’il y a un grand S sur son maillot. Mais il croit qu’il est resté une souris. Il croit tout ce qu’on lui dit. Il a trop mangé de chips, en croyant que c’était du maïs. Il est devenu de plus en plus gros. Il est vraiment plus grand que les autres enfants du même âge. Il est gigantesque parce que ses parents sont très grands aussi. Il a de grands ongles aussi, qui sont bien utiles pour ouvrir les conserves avec.

Mais un jour, il a bu une potion vraiment magique. Depuis, il a les cheveux rouges. Il a un nez rouge. Il a la bouche blanche bordée de rouge. Il se sent différent des autres enfants. C’est pas facile l’école dans ces conditions. Les autres sont tristes pour lui.

Quand on est triste, faut faire rigoler les gens. Quand on a l’allure d’un clown, faut devenir clown. Sucette fait donc le clown. Il porte un slip à pois blancs . Il vit avec des puces. Il s’est rasé les bras et les jambes pour mieux les voir. Il n’a jamais de chaussures On vit très bien sans chaussures. Sucette n’en a plus besoin depuis qu’il les a perdues. Ou laissées à des souris qui dormaient dedans.

Mais son ours, c’est autre chose. Sucette a perdu un ours, un vrai, un vrai animal de cirque. Les autres enfants vont essayer de l’aider à le rechercher dans les bois. Voilà pourquoi ils sont dans cet autocar qui roule. Ou ce train. Ou cet avion qui laisse voir le ciel à travers les hublots.

Ils vont ensemble au pays des clowns, au cirque.

RECETTE DE REVE

illustration reproduite avec l'autorisation d'Ilya Green

Aujourd ‘hui est un anniversaire particulier. Alors la petite fille a besoin d’un gâteau très spécial.

Elle s’appelle Sophie. C’est sa maman qui fera le gâteau. Sophie avait supplié: fais-moi un gâteau s’il te plait pour ma copine (Caroline) partie dans la forêt. Elle avait voulu faire croire que Caroline s’était perdue dans la forêt. Qu’il fallait l’aider à revenir parce qu’elle risquait de rencontrer un animal sauvage, pourquoi pas même un tigre. On ne sait jamais quel danger courent les enfants.

La maman a souri. Oui, oui, je vais faire un gâteau …A quoi sera-t-il ce gâteau ?

Aux feuilles, elle a répondu Sophie. Comme si la maman allait préparer un gâteau aux feuilles !

Avec quelle recette ? 3 ou 4 œufs, du chocolat noir, une plaquette, 1 kilo de beurre, ou un gramme d’huile, de l’eau, 500 grammes, non 500 milligrammes, des pommes, du citron pour pas que çà noircisse, du rhum, de la farine, du sucre, du sucre vanillé, du sel, du lait, de la vanille, des fraises et de la menthe … Sophie a demandé aussi d’ajouter une bague comme elle l’avait lu dans une histoire célèbre.

Combien de temps de cuisson ? On le met dans le gaz. Pour une heure, 5 heures, 10 minutes, 24 heures, une nuit. Vous faites comme vous le sentez. On peut faire cuire jusqu’à 6 jours. Quand çà gonfle on arrête.

Sophie se charge du décor avec de la Chantilly pour faire des guirlandes de points blancs, et puis des feuilles bien vertes de cerisier, et quelques bonbons. Ou des boutons si vous n’avez pas autre chose. Sophie pose le gâteau sur une assiette avec des espèces de moitié de ronds roses parce qu’il fallait ajouter une autre couleur.

Après on emballe. Après on coupe.

Quel goût aura-t-il ? Un goût de vermifeuille (sic) bien sûr.

Qui va le manger ? Chut ! C’est tout le secret de la suite de l’histoire. Sophie ajoute une bougie. Une seule bougie.

Elle va s’habiller avant d’aller porter le gâteau. Une robe rose s’impose. Qu’y a t il sur la robe ? Des coquillages de sa mère, non de la mer. Des vagues, des écailles de dragon, un arc-en-ciel ? Ou des écailles de poisson. Elle a pêché un poisson et retiré ses écailles. La robe est en tissu d’écailles découpées sur un poisson.

La petite fille songe à la forêt où elle a recueilli hier un nouvel animal, un tigre blanc qu’elle a appelé Litchy. Elle achève de se faire belle. Elle accentue son petit nez, ses tâches de noirceur, ses yeux en amande. Elle remonte ses cheveux sous une cagoule. Elle ne voudrait pas se faire remarquer dans la forêt. Elle enfile ses sandales noires, sans talon, pour marcher sans bruit. Mais elle sera bientôt démasquée.

Elle entre maintenant dans la forêt en portant fièrement son gâteau à bout de bras. L’odeur du gâteau est entêtante. Le paysage se déforme. Les arbres sont noirs parce que c’est sombre, la forêt. Ou alors, sans s’en apercevoir, Sophie aura glissé de la forêt sur un dessin qui a été photocopié. Ce serait pour cela que les arbres et les tiges des herbes seraient noirs. Les arbres aussi parfois sont noirs parce qu’ils sont restés trop longtemps dans la nuit.

Quel est cet arbre ? Un cerisier. C’est la jungle. Des lianes peut-être …pour les écureuils. Mais pourquoi alors l’herbe est-elle rose ? Sophie a appris que quand on est amoureux on voit du rose partout. Elle aime le rose.

Elle est maintenant arrivée sous le grand arbre noir. Elle allume la flamme de la bougie qui oscille en lançant son rayon bleu. Quand le feu est très chaud il est toujours bleu.

L’effet est immédiat. Le tigre blanc surgit et s’aplatit aux pieds de Sophie. Les tigres sont comme çà. Ils ont peur du feu. Mais en voici un autre derrière qui n’est pas content parce qu’il voit que la bougie fond. Ce sera bête pour le gâteau. Ils ne vont pas manger le gâteau : ce n’est pas possible, les tigres sont carnivores.

Qui va le manger alors ? On va le couper en 2, ou en 3, pas en 4. Les tigres vont le couper avec leurs griffes. A cet instant elle devrait avoir peur. Peur d’être mangée par les tigres. Faudrait qu’ils soient méchants. Elle les trouve simplement tristes. Le second est plus triste que le premier. Celui-là ne pense qu’à manger le gâteau. Ils ne sont pas dangereux, ils sont sans griffes.

Sophie croyait avoir découvert un tigre unique. Ce sont deux tigres. Des frères jumeaux. Vous pourriez les appeler Madame Tigre et Monsieur Tigre. Et dire que c’est l’anniversaire des deux tigres. Ils pourraient avoir 10 ans. Malgré l’unique bougie. Le gâteau était trop petit pour en mettre deux, alors dix encore moins.

On va dire que les deux tigres ont un an. Une bougie, un gâteau, un an. A égalité. Des tigres jumelles. Avec des rayures qui ressemblent à des zèbres, sauf que les vrais tigres c’est en noir et orange. Les tigres se seraient-ils déguisés en zèbre ? Avec des oreilles en pointillés. Avec des poils plus courts. Des rides sur le front. Une raie au milieu. Et pas de moustache. Pas de griffes. Pas de queue.

Et si c’était pas un anniversaire ? Ce serait la fête des tigres-jumeaux.

Ou un autre anniversaire comme un anniversaire de mariage des deux tigres. Pour fêter le petit qui va arriver dans un mois. Non, dans neuf mois. Est-elle déjà enceinte ? Le petit c’est une graine d’herbe rose. Des confettis sont tombés sur l’herbe, la recouvrant de rose.

Que va-t-il ensuite se passer ? La petite fille donne le gâteau aux tigres. Un tigre est jaloux de l’autre. Il ne veut pas fêter son anniversaire. Sophie le regarde. Et le tigre la regarde aussi bizarrement. Soudain le grand tigre s’est enfui. Le petit a mangé le gâteau.

Il a mangé comme un cochon rose. Le tigre a apprécié. Une heure plus tard le tigre dort.

Sophie termine le gâteau. Son nez la chatouille. Parce que c’est un petit nez de tigre. La petite fille a le nez rouge. Elle saigne du nez. A voir les traits sur son nez on croirait qu’elle est maquillée en léopard. Elle sent ses oreilles se dresser sur sa tête. (en aparté : à la kermesse de l’école des mamans font des maquillages de chat comme çà)

Que va-t-elle faire ensuite ? Elle va repartir.

C’est la nuit. Ses parents vont s’inquiéter. La petite fille rentre chez elle.

Demain Sophie reviendra avec un gâteau plus gros.

dimanche 11 mai 2008

TREVE DE DINOSAURES


illustration reproduite avec l'autorisation d'Ilya Green

Elle s’appelle Elise. Elle a des cheveux noirs. Elle est née comme çà, avec des cheveux noirs.

Y’a des fleurs pour décorer les murs de sa chambre. Parce que c’est une princesse. Y’a aussi des fleurs sur son lit, sur la couverture. … Partout des fleurs. Et c’est joli comme un jardin.

Elise tremble. Elle a remonté la couverture pour ne pas sentir le froid malgré le pyjama de satin fleuri. Elle dort parce qu’elle est fatiguée, la tête posée sur un coussin pour que ce soit plus confortable.

Est-elle vraiment en train de dormir ? Non, pas vraiment. Elise voyage jusqu’au pays des rêves. Elle rêve tant que ses pensées s’échappent en longues branches qui se couvrent de feuilles.

Ses joues deviennent rouges. Elise a chaud maintenant.

Ses pensées se sont transformées. Elles ont galopé dans le pays des rêves. Elles ont rencontré des dinosaures qu’elles ont transformés.Regardez celui-ci qui est devenu rhinocéros. Et celui-là qui s’enfuit … Oh, le voilà scarabée. ! Le lézard court. Il essaie de rattraper le groupe.

La petite fille n’est plus une petite fille. Quelle taille fait-elle ? Immense. 50 mètres de long. Et le lit est un pays entier. Là cela devient une montagne. Les dinosaures courent sur la montagne. Certaines fleurs se sont rapprochées les unes des autres jusqu’à composer tout un champ, au-delà du jardin qu’on voyait tout à l’heure.

Le papier de la chambre est désormais le ciel. Et voici le soleil en train de se lever. Il est 10 heures du matin. Où vont-ils ? Où courent-ils ? Dans un pays où il y a davantage d’eau. S’ils courent c’est parce qu’ils ont soif. Et puis il est 3 heures, 4 heures, 8 heures, 14 heures 30. Ils se baladent toujours dans la chambre. Ils se promènent. Ils cherchent encore de l’eau.

Un téléphone sonne.Qui appelle au téléphone ? Une dame ou un monsieur. Ou le père d’Elise ...

Sa maman est entrée dans sa chambre. Elise se réveille très contente de son rêve. Elle a écrasé un arbre en dormant, ce qui explique le reflet qui s’est imprimé sur l’oreiller. Elle se regarde dans la glace. Des feuilles se sont déployées sur son visage comme un maquillage.

La maman crie. Les dinosaures s’avancent. Ce sont des bébés dinosaures. Ils viennent faire un bisou. Ils vont dormir maintenant. Elise se lève pour déjeuner. Pour faire sa toilette. Elle raconte tout à sa mère.

Quand elle remonte dans sa chambre pour s’habiller, Elise découvre sur son lit une branche sur laquelle des fleurs se sont épanouies. Un fruit s’entrouvre et s’en échappent quelques graines qu’Elise va glisser dans un petit trou, dans le jardin, et qu’elle va arroser de cinq gouttes d’eau.

samedi 10 mai 2008

ATELIERS D' ECRITURE

J'avais bien entendu adressé Catastrophe d'anniversaire à Ilya Green dont j'avais trouvé les coordonnées par Internet. Elle m'avait très vite répondu par un message d'encouragement qui m'invitait à poursuivre. Elle avait fait preuve d'une grande générosité en joignant trois superbes images qu'elle n'avait pas encore exploitées dans un livre.


J'ai évidemment tenu les élèves informés de cet épisode en leur apportant les images. Je leur ai proposé d'écrire une ou plusieurs histoires en rapport avec elles, leur promettant de continuer à faire le lien avec l'illustratrice. Ils étaient très enthousiastes. J'ai travaillé toujours seule avec eux, en demi-classe, en février et mars 2008, mais cette fois aussi bien avec les élèves d'Eric (qui avaient été à l'origine de Catastrophe) qu'ensuite avec ceux d'Isabelle (qui découvraient l'univers d'Ilya Green).

L'imaginaire tournant assez vite en rond, j'ai testé une nouvelle méthode.

Je suis partie de l'hypothèse qu'une histoire existait et que nous devions la (re)trouver, un peu comme si nous avions devant nous la dernière image d'un film dont le tournage venait d'être achevé. J'ai constitué à chaque séance deux groupes de 6 à 7 élèves, assis autour d'une table hexagonale, au milieu de laquelle se trouvait une des trois images et une seule. A la manière d'une enquête policière chaque élève était invité à poser une question à propos de l'image. Son voisin de gauche devait donner, de façon la plus spontanée possible, une réponse plausible.

Si j'ai adopté cette façon de questionner c'était
  • pour que chaque enfant s'exprime (il était obligatoire de répondre quelque chose, comme également de poser immédiatement une question à son voisin)
  • pour que chacun se sente libre et non jugé (cela allait trop vite pour qu'on dise c'est bien ou c'est bête)
  • pour qu'on soit à ce stade dans une profusion et qu'on ne se "contente" pas d'une idée donnée par quelqu'un et qu'on pousserait au bout
Le mot "plausible" est essentiel car je voulais obtenir un matériau abondant dans lequel il y aurait "forcément" des pépites que nous exploiterions ultérieurement. Mais le temps, comme souvent, a manqué pour parvenir à travailler ensemble.

J'ai tenu absolument à faire aboutir le projet, par respect pour les élèves, et parce que, même si les histoires n'étaient pas extraordinaires il valait mieux cela que rien du tout. Je prenais en note sur des feuilles de brouillon, in extenso, tout ce qui se disait (sans magnétophone) un peu comme on le fait en maternelle en dictée à l'adulte.

Je précise que j'ai bien essayé de les laisser écrire eux-mêmes (je ne pouvais pas matériellement me trouver au même moment aux deux tables pour copier tout ce qui se disait) mais le résultat, trop souvent illisible ainsi qu'on peut en juger sur l'exemple que j'ai scanné, m'a conduite à privilégier mes prises de notes. J'ai donc tout remis au propre, bout à bout, réordonné image par image, en intégrant ce qui était exploitable de leurs textes, en supprimant uniquement les doublons et en cherchant à tirer ce qui pouvait ressembler à un fil conducteur.

Le résultat aurait sans doute été "meilleur" si j'avais fait de larges coupes mais je n'ai pas "osé" retirer une idée plutôt qu'une autre puisque mon objectif principal n'est pas tant que l'histoire soit bonne (ce qui est forcément celui d'un auteur) mais que tous les enfants y trouvent leur compte (je dirais même leur conte). Mon objectif secondaire était de leur témoigner combien l'écriture est difficile en général et qu'il était donc normal que ce le soit pour eux (et pour moi), MAIS AUSSI qu'il ne faut pas s'arrêter parce que le chemin est dur, et que l'écriture apporte des satisfactions.

Je ne sais pas du tout si je recommencerai comme cela. Ces moments là furent en tout cas riches (et joyeux) avec ces élèves-là. J'ai bien entendu envoyé les histoires à Ilya Green qui les a appréciées et qui m'a autorisée à les mettre en ligne avec ses illustrations. Elle suggère plutôt ensuite de laisser les élèves rédiger leur propre histoire, en se servant des "matériaux" qui ont été révélés lors de la séances des questions...

Elle s'attache à la dimension poétique quelle qualifie de "vraiment très chouette..." Par contre son œil exercé juge la narration un peu distendue. D'un côté c'est un inconvénient, mais de l'autre ça laisse la place aux cheminements poétiques des enfants, qui est une piste intéressante bien qu'assez différente.

Elle a estimé que ça pourrait être bien de mettre en valeur cette forme un peu "déambulatoire" où on se laisse porter un peu comme dans la pensée au gré des idées, des questionnements, des impressions... Au cours d'une conversation téléphonique elle m'a interrogée sur mon intention de faire un petit livre ou quelque chose comme çà ... conseillant de jouer sur la typographie et les couleurs pour accentuer certains passages, et pour finalement accepter de s'en charger pourvu que nous ayons la patience d'attendre parce qu'elle est en train de finir son prochain livre. C'est une grande chance de pouvoir mener ainsi le projet vers un terme plus artistique et je pense qu'un tel petit livret constituera une précieuse motivation pour de futurs travaux d'écriture.

Dans cette attente, et pour lire les histoires dans leur version "simple", cliquez sur le titre souhaité :

Trêve de dinosaures

Recette de rêve

Tous les chats sont dans la nature


vendredi 9 mai 2008

CATASTROPHE D'ANNIVERSAIRE


J'ai entrepris avec les élèves de la classe d'Eric l’écriture d’une historiette inspirée des personnages de Strongboy que je mets en ligne avec l'aimable autorisation d'Ilya Green. Il faut préciser que je n'avais pas montré le livre afin de ne pas conditionner les élèves. Ils n'avaient aucune idée de l'histoire originale.


J'avais simplement apporté ces marottes,


une photocopie agrandie des personnages, dans une pose qui me semblait évocatrice, contrecollée sur du carton rouge, découpée puis plastifiée.

En demi-groupe, les élèves ont donnés des noms aux personnages et des traits de caractère. Toutes les propositions étaient notées au tableau, lisibles par tous. Chacun a ensuite été invité à écrire une aventure. Les textes m'ont été remis. La démarche a été reproduite à l'identique avec le second demi-groupe. Pendant la récréation j'ai lu toutes les propositions et, "au pied levé" ai composé quelque chose que je leur ai lu à leur retour, en classe entière. J'ai intitulé l'histoire :

Catastrophe d’anniversaire

Sophie est une petite fille qui a des idées bizarres, très bizarres : elle collectionne les insectes. Elle en a de toutes sortes : des abeilles, des mouches, des fourmis.

Elle aura 9 ans demain. C’est son anniversaire et elle a invité toutes ses copines.

Pour que la fête soit plus drôle elle leur a demandé de venir déguisées. Et elle a enfilé un tee-shirt à son chat.

Rose est sa meilleure amie. Elle arrive avec une cagoule aux oreilles pointues. Elle a apporté une petite boite avec son cadeau dedans.

- Merci, dit Sophie. Qu’est-ce que c’est ?

- Miaou, répond Rose, qui joue son personnage à fond.

- Miaou ? répète Myrtille.

Sophie ouvre la boite et découvre … une araignée. Quelle joie ! Elle la met avec les insectes.

Arrive Lily, déguisée en eskimo, qui lui offre une pomme.

On chante Joyeux anniversaire …

Mais soudain c’est la catastrophe :

Théo, le petit frère jaloux ouvre la boite,

Une abeille pique le chat

L’araignée mange les mouches

L’oiseau qui guettait sur le rebord de la fenêtre mange les fourmis

Le chat mange l’araignée en couinant

Sophie a perdu sa collection !!!!


Petites précisions pour ceux qui connaissent Strongboy : Sophie est le nom que les élèves ont donné au personnage principal à cause du S de son maillot. Dans le livre, elle s'appelle Olga. Rose est Ana. Lily est Sophie (!) et Théo est Gabriel. Le chat a hérité du nom de Myrtille. Un chat sans nom cela n'était pas concevable pour les enfants.

vendredi 4 avril 2008

QUELLES BONNES RAISONS AURIONS-NOUS DONC D'ECRIRE ?


Si toute médaille a son revers, alors pourquoi tout frein n' aurait-il pas sa motivation ... ?
Car c'est difficile, et pourtant "ils" écrivent ...


1.En nous plaçant là encore en premier du côté de l'enseignant :
      • Pour le risque et le plaisir du challenge
      • Par avant-goût de la réussite des élèves sur un terrain présumé difficile
      • Par conscience professionnelle (l'écriture est un des axes des Instructions Officielles, et le sera de tous temps quelle que soit la réécriture des programmes)
      • Parce que c'est valorisant
      • Par goût du travail en équipe (avec des collègues qui se lanceraient dans la même aventure)
      • Pour recevoir la reconnaissance des parents, de l'institution, des partenaires (y compris des auteurs)
2.Et maintenant du point de vue de l'élève :
      • Avec fierté, surtout en maternelle
      • Par jeu
      • Pour partager
      • Parce qu'on y est encouragé, par son enseignant, sa famille . Ainsi Jean-Paul Sartre lui-même témoigne dans le chapitre Ecrire, des Mots, paru en 1964 chez Gallimard combien ont été déterminantes les opinions de sa mère et surtout de son grand-père quant à ce qu'il écrivait. D'ailleurs il avoue avoir commencé par un plagiat, pour être certain d'écrire "bien", puisque c'était déjà publié.
      • Par estime de soi
      • Pour atteindre la reconnaissance (qui va au-delà de l'encouragement). Sartre, toujours lui, cite son grand-père disant de lui "il a la bosse de la littérature"
      • Pour "faire-plaisir"
      • Par suite d'un déclic (j'aurai l'occasion de revenir sur ce point en racontant comment j'ai procédé avec des élèves d'élémentaire)
      • En se lançant dans un concours
3.Pour chacun
      • On peut avoir le goût d'écrire, en quelque sorte "gratuitement", comme on aurait celui de dessiner ou de chanter
      • On peut aussi écrire pour soi, pour réfléchir, faire le point. C'est ce qui motive la plupart des journaux intimes
      • Mais on écrit surtout pour être lu, et il est essentiel de considérer aussi cet axe en milieu scolaire

Ce répertoire n'est pas plus exhaustif que le précédent, consacré aux freins, et sera lui aussi enrichi au mois de juin 2008 lorsque le temps sera venu de faire un bilan de la recherche entreprise cette année.

lundi 24 mars 2008

POURQUOI EST-CE SI DIFFICILE D'ECRIRE ?

C'était les vacances. le moment idéal pour dégager du temps et faire avancer le dossier. Mais non. J'ai été victime du syndrome "Aujourd'hui peut-être, ou alors demain ..."

L'actualité pourtant m'a adressé plusieurs signes : le Scaphandre et le Papillon a obtenu un César et Renan Luce, chanteur de La Lettre deux Victoires de la Musique en catégorie Révélation. Des références qui figuraient dans la bibliographie d'Ecrire pour Dire et pour lesquelles voici les liens pour regarder les extraits des deux cérémonies :
Pendant ces vacances j'ai remis mes notes au propre mais je n'ai pas eu davantage de courage. Pourquoi l'avouer ? Mais parce que la difficulté à laquelle je me heurte me ramène au cœur de la problématique.

L'envoi d'une simple carte postale tourne à l'exploit.
En recevoir est un évènement.

J'avais cru que la carte postale électronique (lire l'article du 24 février dernier) doperait les énergies qui font défaut. Si cette bouteille à la mer est restée lettre morte c'est donc le bon moment pour récapituler les freins à l'écriture tels que je les avais communiqués au Salon de l'école:

1. Du côté de l'enseignant (car il faut bien d'abord se placer de son point de vue puisque à l'école c'est "théoriquement" lui qui décide des opérations)
      • le doute
      • le manque d'estime de soi : ai-je besoin moi-même de savoir (bien) écrire pour obtenir de bons résultats de mes élèves ? ... question que le professeur des écoles ne se pose jamais en sport ou en calcul mental ...
      • la crainte : pourvu que je ne fasse pas moi-même de fautes d'orthographe !
D'une façon générale il est difficile d'obtenir un écrit d'un enseignant (un projet, un bilan, un compte-rendu de conseil de cycle - une fiche de préparation ...) et ce n'est pas une question de bonne ou mauvaise volonté.

2. De l'élève
      • le lieu. Parce que vous pensez que c'est facile d'écrire dans le brouhaha d'une salle de classe, sous le regard de 30 autres personnes ? Marguerite Duras elle-même insiste sur cet aspect dans les premières pages d' Ecrire paru chez Gallimard, en1993: Cette maison, elle est devenue celle de l'écriture. Mes livres sortent de cette maison. De cette lumière aussi, du parc. De cette lumière réverbérée de l'étang. (...) J'avais enfin une maison où me cacher pour écrire des livres.
      • l'orthographe , surtout elle, mais aussi la grammaire et la syntaxe
      • un blocage inconscient face à l'écrit, qui réactive un épisode douloureux de l'histoire familiale (on s'en rend nettement compte dans La lettre déchirée, le roman d’Ella Balaert, Castor poche Flammarion, 1997, cité dans la bibliographie)
      • les remontrances, plus précisément l'accumulation des reproches formulés par les professeurs les années précédentes, comme nous en fait part Daniel Pennac dans Chagrin d'école, Gallimard, 2007
      • le jugement
      • l'absence de modèle familial : ne pas voir ses parents écrire, lesquels ne parviennent peut-être pas non plus à lire le français
      • a fortiori l'absence de modèle professoral : ne jamais voir la maîtresse écrire (si tout est préparé "en amont" sur ordinateur avec de belles typographies)
      • le pas envie
      • le pas le temps
      • le autre chose à faire
      • le rien à dire
      • l'angoisse de la page blanche, la difficulté à se lancer
      • les soucis d'outils, au sens large : quand papier, stylo ou ordinateur font défaut
      • les lignes de copie, de punition trop souvent données
      • l'association systématique "écrit = devoirs"
Ce répertoire n'est pas exhaustif et sera enrichi au mois de juin 2008 lorsque le temps sera venu de faire un bilan de la recherche entreprise cette année.

Nous verrons aussi dans un autre chapitre qu'il existe des motivations sur lesquelles on peut s'appuyer pour contrebalancer les freins.

dimanche 24 février 2008

CADEAU POUR LES VACANCES



Ce n'est pas un DEVOIR de vacances mais bien un cadeau.


Cliquez sur le lien pour choisir la carte postale que vous enverrez à vos amis





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Cette carte postale électronique vous est envoyée depuis le site du
Musée National des Arts asiatiques - Guimet
Le 24/02/2008 par Ecrire pour dire
Deux grues au bord d'un étang

Inde, début du XVIIe siècle, gouache sur papier

Heureuse découverte d'apprendre que 6 grands musées nationaux sont gratuitement ouverts depuis le 1er janvier pour 6 mois (merci Monique !) : le musée archéologique de St-Germain -en-Laye, le musée du Moyen-Age de Cluny (Paris) , celui des Arts et Métiers, du Bourget, le musée de la renaissance d’Ecouen et le musée Guimet.

Que ceux qui ne peuvent pas partir en vacances se réjouissent : ils pourront par exemple admirer les trésors de l'Asie sans investir davantage que le prix d'un billet de métro ou de RER.

Que ceux qui manqueraient de courage pour sortir en profitent au moins pour envoyer une carte postale à leurs amis. Sans besoin de prétexter le manque de carte, d'enveloppe, ni même de stylo qui sont autant de freins à écrire.

Tout est virtuel mais le plaisir est bien réel !

mercredi 20 février 2008

ECRIRE POUR DIRE, pourquoi avoir choisi cet intitulé ?

En choisissant la dénomination Ecrire pour Dire pour désigner l’atelier j’ai probablement été plus ou moins inconsciemment influencée par des livres que j’avais lus, ou des chansons qui m’avaient touchées (par exemple Les mots pour le dire de Marie Cardinal, chez Grasset 1975, l’album Mots pour Maux de Johnny Hallyday, nos Maux d’amour de Michel Polnaref (compilation des titres de 1966-1972 sortie en 1999).

C’est comme pour le choix d’un prénom. On croit être original en appelant son enfant si c’est une fille Léa, Manon ou Chloé ou si c’est un garçon Enzo, Lucas ou Théo pour s’apercevoir que ce sont les prénoms les plus attribués actuellement.

Ecrire pour Dire, trois petits mots qui composent une allitération dynamique (figure de style dans laquelle un son consonantique est répété dans plusieurs mots proches, comme Les chaussettes de l'archiduchesse sont-elles sèches ou archi sèches ?, ou en publicité Du beau, du bon, Dubonnet, ou des noms de marques Coca-Cola, Big Ben, Mickey Mouse …) pour signifier que lorsque la parole est impossible ou trop difficile, c’est l’écriture qui permettra de véhiculer le message.

C’est précisément quand c’est difficile que le recours à l’écrit est le plus nécessaire, et seul capable d’apporter une vraie valeur libératoire, cathartique.

J’aurais pu choisir Ecrire pour communiquer, Ecrire pour transmettre, c’était un peu lourd. Ecrire pour dire s’est insinué sous ma plume comme trois petites notes de musique en contrepoint de l’expression populaire Parler pour ne rien dire.

Un clin d’œil pour souligner qu’il n’allait pas être question d’écrire dans le vide mais bien pour porter un message. Le délai était court pour envoyer mon texte au CDDP. C’est parti comme cela. Et la lecture de multiples articles de spécialistes est venue conforter mon choix … jusqu’à ce que je lise l’affirmation apparemment contradictoire dans un texte d’Evelyne Charmeux intitulé dans la rubrique Apprendre à écrire / Pour une pédagogie efficace de la production d’écrits (voir http://www.charmeux.fr/ecritpeda.html) trouvé sur son site http://www.charmeux.fr/ où elle s’insurge contre l’exercice de la rédaction en certifiant que on n’écrit pas pour DIRE, mais toujours pour AGIR sur celui avec qui on communique.

C’est un article de fond auquel je souscris totalement. Elle formalise, mieux que je ne pourrais le faire une réflexion très fine sur la production d’écrits. Elle met en avant le fait qu’on n’écrit pas pour dire, au sens de parler, bavarder. Elle insiste sur la fonction de l’écrit qui n’a de sens que si on cherche à communiquer « pour de vrai », en plaçant les élèves dans des situations réelles de communication, ce qui est rarement le contexte de la rédaction ou du texte dit libre et jamais avec un travail de copie ou de dictée.

Je souscris totalement à cette opinion. Nous sommes d’accord sur le fait qu’on n’écrit pas « en l’air ». Et nous sommes là pour prouver aujourd’hui que dès lors qu’on place les élèves dans de telles situations cela marche. Même si les résultats sont modestes.

Bien sûr qu’on n’écrit pas comme on parle. Il n’y a aucun conflit de mots donc entre Evelyne Charmeux et moi. Elle m'a donné l'autorisation de faire référence à ses écrits très vite et fort aimablement Je ne peux donc que vous inviter à la lire dans le texte en suivant les liens ci-dessus.

La découverte du site d'Evelyne Charmeux peut se prolonger sur son blog, qui derrière l'intitulé le blog de l'amie scolaire, cache des articles écrits comme autant de coups de coeur ou de griffe, comme par exemple celui-ci qu'elle vient de m'adresser à propos de la réforme annoncée de la grammaire: Jargon et grammaire, ou quand celui qui jargonne n'est pas vraiment celui qu'on pense...


LA GENESE DU PROJET


Présentation de l’Atelier devant les participants au Salon de l’école, le mercredi 30 janvier 2008

Tout a commencé ici, à Antony, au cours d’un stage auquel je n’aurais jamais du participer, mais

  • Il y avait eu appel de candidatures pour le « sauver »
  • C’était le seul auquel je pouvais prétendre en terme de dates puisque j’étais alors déchargée par une PE2 en stage filé qui ferait parallèlement son stage en responsabilité à même période
  • J’avais mal lu le libellé
  • J’étais donc inscrite un peu par erreur (cela concernait l’écrit en cycle 3)
  • Il y avait des temps morts comme cela arrive parfois…

Par contre

  • Il y avait une excellente ambiance
  • Je n’étais pas un cas isolé. Nous étions nombreuses « égarées » là
  • Je me suis aperçue que l’expérience de la maternelle était transposable au cycle 3
  • On guettait les résultats du « mouvement » et j’ai eu connaissance de ma nomination dans une nouvelle école à la rentrée 07/08
  • J’ai appris que le prochain Salon serait consacré à l’écriture
  • Je regrettais de ne pas avoir osé participer il y a six ans quand j’avais été sollicitée par un professeur de français pour présenter une recherche sur l’utilisation de l’album au cycle 3. (à cette époque je ne me sentais pas du tout de taille à pouvoir me présenter devant des collègues)
  • Je me sentais davantage prête même si cela m’affolait un peu
  • Je venais de renoncer à m’engager dans le processus du CAFIPEMPF mais je conservais l’envie de faire une recherche
  • Marie-Noëlle Rolland, Commissaire du Salon et professeur à l‘iufm de Versailles, me faisait confiance
  • J’ai monté un dossier et demandé un stage filé pour mener la recherche sans empiéter sur mon temps de décharge. Mes deux inspectrices (de ma circonscription d’alors et de la future) ont donné leur aval.
  • J’avais un accord de principe de l’équipe d’une école où j’avais enseigné quatre ans auparavant.

J’ai eu la réponse de l’inspection académique en septembre. Isabelle, ancienne collègue, m’a dit « banco » la première. Eric nous a vite rejointes dans l’aventure. Nous avons avancé pas à pas.

Nous ne pensions pas être dans une totale innovation. Mais nous avions envie toutes les deux de retravailler ensemble. C’est souvent le cas quand deux classes se lancent dans de la correspondance. J’ai recueilli de multiples expériences qui se sont construites sur cette base.

Il y avait deux originalités, dont une ne pourrait pas se répéter une année suivante :

- l’idée était de faire une correspondance entre deux écoles et non entre deux classes

- de correspondre avec en particulier des élèves dont j’avais été la maîtresse de maternelle

Le projet s’inscrivait dans une réflexion sur la continuité maternelle/élémentaire, bien élargie par rapport à la liaison GS/CP.

Le but de la recherche était d’explorer les freins et motivations à l’écriture (au sens de production d’écrit) et d’étudier s’il existait un lien entre des difficultés d’apprentissage constatées en cycle 3 et une amnésie pédagogique puisqu’en fin de maternelle les élèves font majoritairement preuve de compétences acquises dans le domaine.

Pourquoi ces compétences se perdraient-elles ensuite en route ? Les blocages sont-ils du côté de l’élève, de l’enseignant, du cadre, ou y a t il un peu de tout cela et d’autre chose encore ? Nous savions que nous n’allions pas révolutionner l’enseignement de la production d’écrits. Nous sommes trop respectueux du travail mené avant nous par célestin Freinet, le groupe d’Ecouen ou par Mireille Brigaudiot.

Nous voulions « apprendre à faire tout seuls » comme le disait si bien Maria Montessori et très franchement je remercie l’institution de m’avoir permis de le faire, même si je n’ai en réalité pas vraiment profité du temps offert par le stage filé. Nous avons vécu des émotions assez fortes qui nous ont donné envie de continuer et même de prolonger une seconde année si c’est possible.

Evidemment nous avons rencontré quantité de problèmes :

  1. La question de l’emploi du temps puisque Isabelle est en stage filé le même jour que moi, à savoir le mardi, et avec obligation d’aller à Boulogne ces jours-là. Je n’allais évidemment pas mener la recherche avec la PE 2 de sa classe
  2. Etant déchargée 3 jours par semaine, et ayant une PE2 dans ma classe le 4ème, je pouvais « techniquement » organiser mon emploi du temps pour me dégager un autre jour … sauf que l’école dont je suis directrice est tellement lourde à gérer que je me culpabilisais de m’absenter. Si bien que je n’ai réussi à la quitter que sur 3 demi-journées seulement entre septembre et fin janvier. Heureusement que le sujet était la correspondance !
  3. Nous avons subi des pannes informatiques, des problèmes de transmission de données. Là encore on a été aidées du fait qu’une des enseignantes de mon école a un enfant scolarisé dans l’autre. Elle a joué le facteur pour gagner du temps.
  4. Les stages filés sont interrompus 3 semaines pendant les stages de responsabilité, et sans remplacement cette année. Je suis donc bloquée dans mon école depuis avant Noël. Et plus encore puisque j’ai du remplacer la PE 2 et prendre une classe que je connaissais mal. Et encore davantage puisque je suis en cours d’inspection. Si bien que même hier, alors que le stage filé reprenait je n’ai pas pu me consacrer à l’intervention de ce matin et revoir Isabelle.
  5. Finalement ce sont deux enseignants (deux classes) de mon ancienne école qui se sont investis. Aucune de ma propre école. D’abord parce que les enseignantes « attendaient » de recevoir du courrier pour en renvoyer. Ensuite parce qu’il y a un taux de rotation hors normes qui complique beaucoup la continuité des apprentissages et des projets. Nul n’est prophète en son pays …
  6. Parce que aussi il y a beaucoup (beaucoup trop ?) de projets à mener de front : Les sorties régulières en médiathèque, ludothèque, centre culturel
    Les spectacles au théâtre municipal
    Les sorties en forêt, une par saison
    Le prix littéraire et la fête de la lecture
    Ecole et cinéma
    Lire et faire lire
    Sans compter la piscine au troisième trimestre
  7. La date du Salon de l’école (30 janvier) arrive très tôt dans l’année scolaire et nous n’avons pas fini l’expérimentation. Mais se heurter au principe de réalité n’est pas une surprise en soi pour des enseignants ...

Par hypothèse nous nous étions refusés à anticiper des résultats. Donc nous n’avions pas d’outils d’évaluation. Si on regarde la quantité produite on a de quoi être déjà satisfaits.

Si on mesure l’investissement des élèves aussi. Ainsi, tous les élèves ont participé, et ils en redemandent …


dimanche 10 février 2008

AU PIED DE LA LETTRE

Ce n’est pas parce qu’on a une pratique régulière de la dictée à l’adulte que l’enseignant peut solliciter ses élèves pour écrire une lettre avec succès. Ainsi en témoigne ce dialogue, inspiré d’une mésaventure où mon amie Claire a joué le rôle principal.

Attention, pour savourer les dialogues il vous faut les lire à haute voix.

Les élèves de Moyenne Section (4 ans) avaient fait des cartes de vœux pour les parents. Il en restait plusieurs. La maîtresse proposa d’en écrire une. A qui ? Les élèves furent unanimes pour demander à écrire à Vincent, l’élève qui avait déménagé le mois précédent:

La maîtresse : on va écrire une lettre à Vincent. Je vous écoute. Comment est-ce qu’on peut commencer une lettre ?

Justine : C

La maîtresse écrit C’est

Pierre : S

La maîtresse efface et écrit au tableau Est-ce

Noriane : Q

La maîtresse reprend l’élève : on dit Est-ce que

Ibrahim : T

La maîtresse ajoute t’es. On peut lire au tableau Est-ce que t’es

Puis, après un long silence, elle relance les élèves : Bon, t’es quoi ?

Elle regarde la classe et ne peut s’empêcher de juger : Mais çà ne veut rien dire. Je ne peux pas écrire une lettre comme çà !
Elle doit avoir un regard implorant parce que la petite Khoury lance à tout hasard X

La maîtresse comprend alors ce que le mot lettre signifie pour ses élèves : la suite de l’alphabet … tout simplement …

Et que plusieurs sont homonymes de mots, pouvant créer des quiproquos comme par exemple

C E G D H L M O P R S T qui peuvent s’entendre comme

C’est euh j’ai des hache elle aime eau pet air est-ce t’es

samedi 9 février 2008

LA SCIENCE-FICTION, UN GENRE QUI STIMULE L’ECRITURE

Pédagogique, la science-fiction l’est aussi dans sa mystérieuse capacité à créer. Les grands lecteurs de science-fiction fondent leur clubs puis leurs magazines, s’y essayant d’abord à la critique avant, fréquemment, de se lancer à leur tour dans l’écriture. Les enseignants le savent bien qui, lors du lancement d’un atelier, se voient parfois répondre quand ils demandent aux enfants ce qu’ils aimeraient écrire : « de la science-fiction ! »

Prudent, l’enseignant les oriente vers des textes moins novateurs : le conte, bien sûr mais aussi le récit court ou les jeux poétiques.

Mais voilà : les enfants ambitionnent souvent une dimension romanesque que le temps, les moyens et les capacités des élèves empêchent de mettre en œuvre. Par ailleurs la science-fiction est un genre délicat à manier : il ne suffit pas d’un décor spatial et de quelques extraterrestres pour obtenir un récit authentique. Trouver une hypothèse originale demande du temps et du travail ; encore faut-il qu’elle tienne la route et mérite d’être travaillée ! Les auteurs le savent bien, qui parfois se contentent de la dimension d’une nouvelle car ils savent que l’exploitation du thème ne pourra pas aller très loin. Lors d’un éventuel passage à l’écriture, il faut aussi veiller à ce que les jeunes auteurs ne répètent pas les poncifs de certaines séries télé. Science-fiction ne signifie pas batailles galactiques ni ET envahisseurs. A cet égard, il est indispensable de décoder les symboles sous-jacents d’un récit en cours de rédaction : imaginer un décor de science-fiction, c’est refaire le monde, devenir démiurge et posséder un pouvoir, certes littéraire, sur des personnages qui ont un poids plus important qu’à l’ordinaire. En effet, dans un récit habituel l’action des héros ne bouleverse que ses amis ou ses ennemis, sa famille, son entourage. Dans la science-fiction c’est souvent une société entière qui est en cause. En faire prendre conscience aux jeunes écrivants peut aussi être l’occasion de leur montrer le pouvoir de l’écriture, et de leur faire découvrir les symboles qui se dissimulent sous l’action ou les relations de personnages.

Et si l’on se contente de faire lire de la science-fiction à des jeunes, il serait dommage de ne pas en profiter pour approfondir et décoder tous les thèmes que le récit aborde et qui ont été listés et explicités dans le chapitre 3 (page 43 et suivantes), quitte à passer par une recherche documentaire … un complément culturel que les auteurs du XIX° siècle introduisaient ipso facto dans leurs récits !

Extrait du livre de Christian Grenier,

La science-fiction à l’usage de ceux qui ne l’aiment pas,

dans la collection La littérature jeunesse, pour qui, pour quoi ?

sous la direction d’Hélène Montardre,

paru en 2003 aux Editions du Sorbier

J'avais présenté ce livre sans avoir le temps de m'y attarder lors du Salon de l'école et je suis heureuse d'avoir la possibilité d'en publier un extrait in extenso plutôt que de le paraphraser. Je remercie le groupe La Martinière qui m’a autorisée à reproduire ici les pages 129-130 du livre de Christian Grenier, un ouvrage passionnant, facile à dévorer, extrêmement documenté, où les enseignants de cycle 3 puiseront des trésors d’idées.

A QUI LA FAUTE ?

Redresse-toi ! Tiens-toi droit ! Tu vas devenir bossue !

Rester dans le droit chemin est l’obsession des éducateurs … comme l’orthographe (étymologiquement « écrire droit ») est celle des professeurs de français.

Pendant des années la dictée était ma hantise. Je savais que quels que soient mes efforts et ma concentration j’aurais un zéro pointé. Chaque faute coûtant alors 4 points la cinquième devenait forcément fatale.

Je me souviens particulièrement d’un texte où il était question d’un raid. Mais l’auteur employait le mot « bivouac » dont j’avais deviné le sens mais pas l’orthographe. Les héros bivouaquaient de campement en campement. Il s’agissait donc sans équivoque possible d’un « bivouaque ». Quelle honte le jour de la correction ! Ce mot ne m’a jamais été d’aucune utilité … jusqu’à aujourd’hui, pour vous faire sourire.

L’orthographe est –selon beaucoup de mes collègues- la raison majeure du dégoût pour l’écriture. Quel dommage ! On recommande désormais de distinguer le moment où on évalue l’orthographe de celui où on note la qualité de la production écrite mais cela demeure un frein important. Parfois à juste titre parce que certains travaux d’élèves s’apparentent au rébus tellement ils sont écrits de manière phonétique, et encore…

J’ai rejoint l’iufm en 2000.L’iufm c’est l’Institut de Formation des Maîtres qui forme, comme son nom ne l’indique pas tout à fait, des professeurs des écoles qu’on appellera toujours « instit » mais là n’est pas la question. J’y ai appris qu’on ne devait plus, sous peine de traumatiser l’élève (dit « apprenant ») pointer des fautes d’orthographes mais des erreurs orthographiques.

Très franchement il est difficile d’employer cette longue expression que nombre d’élèves ne comprennent d’ailleurs pas. J’avais demandé à un petit garçon de 8 ans quelle différence il faisait entre faute et erreur. Il m’avait donné une réponse à méditer.

C’est facile : la faute c’est quand la maîtresse me dit que je me suis trompé, l’erreur c’est quand je le vois tout seul.

L’orthographe est en évolution constante, ce qui ne facilite pas les choses.

A vous maintenant de « voir » si j’ai fait des erreurs dans la phrase suivante :

Il parait que si je pars en weekend à moindre cout pour mon portemonnaie je risque de provoquer une pagaille ambigüe !

Je n’ai fait aucune erreur. Comme vous pouvez vous en assurer à http://www.orthographe-recommandee.info en consultant un site qui vous présentera les rectifications de l'orthographe française. Soyez rassurés. Celles-ci sont officiellement recommandées, sans toutefois être imposées. Je peux donc aussi bien écrire qu’il paraît que si je pars en week-end à moindre coût pour mon porte-monnaie je risque de provoquer une pagaïe ambiguë !

Pour en savoir davantage, téléchargez le mini-guide.
http://www.orthographe-recommandee.info/miniguide.pdf

Il va falloir désapprendre pour continuer à enseigner ...

Merci à http://ebookenherbe.free.fr/accueil/index.html où j’ai trouvé ces liens. Je vous invite à aller y jeter un œil, notamment à la rubrique « le coin des enseignants » qui vous sera ouvert très vite après avoir rempli une demande de mot de passe.